21/11/2012

Les Tutsis et les Hutus du Rwanda au Congo

Les Tutsis et les Hutus du Rwanda au Congo

Congo une histoire.jpgDans son livre "Congo, Une histoire" (Actes Sud, 2012), David Van Reybrouck décrit très bien l'historique de la présence des Tutsis et des Hutus du Rwanda, au Congo, Zaïre, République Démocratique du Congo.

Pour les non initiés, cela nous permet de comprendre un peu mieux les termes "Tutsi", "Hutu", "Maï Maï", "Interahamwe", "AFDL", ...

En voici ci-dessous une brève synthèse.

Au Rwanda, les Tutsis, minoritaires, sont éleveurs et avaient le pouvoir depuis des siècles. Les Hutus quant à eux, majoritaires, sont cultivateurs. Les différences sociales et économiques entre les deux groupes étaient réelles, mais le régime colonial belge les avait accentuées et rendues absolues. On était Hutu ou Tutsi.

Le Rwanda et le Kivu forment la région agricole la plus peuplée d'Afrique.

 

Les Tutsis éleveurs et minoritaires au Congo

Dès le 19ème siècle, des Tutsis éleveurs quittèrent le Rwanda surpeuplé et s'installèrent sur l'ïle Idjwi (Lac Kivu) et sur les collines du Kivu, régions frontalières du Rwanda.

En 1918, quand la Belgique a obtenu les territoires du Burundi et du Rwanda sous mandat, les frontières entre le Congo et le Rwanda étaient poreuses. Les Belges ont exporté des milliers de Hutus rwandais vers les mines et les Tutsis franchissaient spontanément la frontière. Sous Mobutu, les Tutsis avaient des passeports zaïrois mais dans les années 1990, le tribalisme a pris de l'ampleur.

Tout comme son pays voisin, le Burundi, le  Rwanda est devenu indépendant de la Belgique en 1962. A l'occasion des premières élections démocratiques, les détenteurs du pouvoir depuis des siècles, les Tutsis, perdirent le pouvoir, et les Hutus beaucoup plus nombreux prirent leur succession et le nouveau régime se montra implacable vis-à-vis des anciens maîtres. Beaucoup de Tutsis prirent la fuite avec leurs vaches, se réfugiant au Burundi, au Congo et en Ouganda, avec l'espoir de rentrer tôt ou tard et de reconquérir le pouvoir.

Dans les années 1990, le régime de Mobutu s'est affaibli, le Zaïre, le pays qu'il avait uni et dont il avait fait la grandeur, s'est décomposé peu à peu, face à la pauvreté grandissante due à la mauvaise politique économique et sociale de Mobutu. Les pires violences se produisirent dans le Nord-Kivu. On considérait les personnes qui parlaient le rwandais, de plus en plus comme des migrants indésirables, qui accaparaient les richesses, les terres et le pouvoir. La plupart d'entre eux étaient venus s'installer au Congo entre 1959 et 1962, fuyant les troubles dans leur propre pays, le Rwanda. Tant que Bisengimana, un Tutsi installé au Congo, resta le chef de cabinet de Mobutu, les locuteurs rwandais (essentiellement des Tutsis) furent considérés comme des Zaïrois à part entière et obtinrent assez facilement la nationalité zaïroise. Mais en 1981, une nouvelle loi durcit les critères d'obtention de la citoyenneté zaïroise et à partir de 1990, on voulut se débarrasser des Tutsis immigrés. L'animosité entre les Zaïrois et les "Rwandais" (Tutsis) prit de telles proportions que des milices populaires nationalistes, les "Maï-Maï" furent créées.

David Van Reybrouck raconte :

(Page 440) - "Je suis zaïrois!" m'a dit avec fierté un de leurs vétérans en décembre 2008, alors que le pays avait déjà pris depuis 11 ans le nom de Congo. "Au début, nous avions de bonnes relations avec les Banyarwanda (les Tutsis du Nord-Kivu), puis ils ont voulu éliminer les Hunde, les Tembo et les Nyanga. Je suis un Hunde. Les Banyarwanda ont enfermé les Hunde dans leurs maisons, qu'ils ont incendiées. Cela a commencé en 1993. Nous sommes devenus Maï-Maï". En réalité le conflit portait sur les terres, la surpopulation, la paureté et l'absence d'Etat furent les ingrédients d'un cocktail fatal. En 1993, les tensions dans le Nord-Kivu donnèrent lieu à des épurations ethniques qui firent au moins 4.000 morts, mais peut-être jusqu'à 20.000 selon d'autres estimations".

(Pages 442 et 443) - Mobutu avait tenté d'éveiller le sentiment national au détriment du réflexe tribal mais en des temps de pénurie, l'animosité resurgit. A Goma, j'en ai parlé avec Pierrot Bushala, un homme qui s'étonnait encore de ce qui s'était passé à l'époque : "Dans les années 1980, personne ne connaissait l'origine ethnique de ses camarades de classe; cela n'a commencé que dans les années 1990". Les Tutsis du Kivu furent ceux qui le ressentirent le plus vivement. La haine raciale les incita à adopter un comportement de plus en plus communautaire. Ils se plongèrent dans leur histoire, se souvinrent qu'ils étaient effectivement différents des autres, que leurs racines étaient au Rwanda et qu'en définitive, à bien y réfléchir, ils n'avaient jamais été les bienvenus au Zaïre. Des communautés se forment dès qu'elles se sentent menacées."

"C'est alors que se produisit dans le petit voisin du Zaïre, le Rwanda, une catastrophe humanitaire qui déstabilisa toute la région. Cette catastrophe fut le génocide rwandais, un événement étranger qui allait influencer comme aucun autre l'histoire du Zaïre."

 

Suite à la prochaine note (à suivre).

Je vous recommande grandement de lire le livre de David Van Reybrouck qui retrace concrètement l'histoire du Congo depuis la Préhistoire aux premiers chasseurs d'esclaves, du voyage de Stanley missionné par Léopold II à la décolonisation, de l'arrivée de Mobutu puis de Kabila à l'implantation d'une importante communauté chinoise jusque "Espoir et désespoir dans une démocratie naissante" 2006-2010".

Bonne journée à tous et à toutes

et merci pour votre visite

sur notre blog de Burhale

Francine

 

 

 

 

 

 

 

Les commentaires sont fermés.